Vous prenez l’ascenseur et vous
appuyez sur le chiffre 9. Neuvième étage. Il vous suffirait d’imaginer que vous
êtes dans un immeuble d’appartements au centre-ville de Toronto pour vous
retrouver devant une porte en chêne derrière laquelle vous attend une
personne chère. Mais comme vous êtes de l’autre côté du monde – des névrosés,
des incompris, des mélancoliques – vous prenez le couloir dans l’autre sens,
vers la droite, en vous disant que ce travail est vraiment une descente aux
enfers. Chaque fois, comme s’il s’agissait d’un rituel, vous posez votre regard
sur l’ours polaire en pierre blanche qui orne une table au milieu du cabinet. Cet
ours vous rappelle un monde ancien, celui des grands-parents qui avaient en
eux, semble-t-il, la sagesse de raconter des histoires peuplées de toutes sortes d'animaux grands
et forts. C’était aussi un monde où les femmes et les hommes avaient ce qu’il
faut pour supporter les douleurs physiques et morales. Ils vivaient lentement
et se répétaient quelques phrases simples, comme pour se donner du courage :
« Il y a un temps pour travailler et un temps pour s’amuser », « Aide-toi
et le ciel t’aidera », « À chaque jour suffit sa peine ». Entrée
dans le cabinet, vous accrochez votre manteau sur la porte que vous fermez avec
attention. L’été, vous n’avez rien à accrocher. En faisant le
moins de bruit possible, vous allez vous assoir dans le fauteuil appuyé contre
le mur insonorisé et vous essayez de capter les mots cachés dans les rares murmures de votre psy. Que peut-il bien dire à l’autre qu’il ne vous ait pas dit ?
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