18/01/2014

la ville imaginée


Elle aurait fini par faire un récit au conditionnel, s’imaginant dans une ville-collage, une ville-livre, une ville-Histoire. Le plaisir de se promener downtown, d’entrer dans un Starbucks voir si des étudiants resteraient encore là pendant des heures à finir des dissertations pour la semaine de cours, se perdre dans les rues aux maisons somptueuses un jour au ciel bleu et à l’air vif. Emprunter la rue Bernard, passer devant la maison de pierre avec un grand sapin vert en toute saison, qui couvre la fenêtre du salon, arriver sur la colline de Casa Loma dans le jardin encore frileux, et revenir ensuite vers la rue Davenport, entrer à la Maison de la presse voir si Le Monde de vendredi est arrivé, renter tout doucement.


Souvent le samedi, elle ferait cette sortie. Elle partirait assez tôt de chez elle et, par cette promenade, elle tenterait de trouver quelque chose de familier. Les noms propres des rues et des magasins seraient un piège. Il n’y aurait pas de véritable familiarité. Le langage serait différent, tout comme les langues qu'elle entendrait dans la rue. Elle le sentirait. Dès qu’elle ferait l’analogie avec son passé en Europe, elle deviendrait mélancolique. Elle ferait la moue. Il n’y aurait pas en Amérique du Nord de seconde Europe. Elle en aurait le cœur déchiré.



12/01/2014

the wolf of wall street



The Wolf of Wall Street, le personnage de Jason Belfort, dans le dernier film de Martin Scorsese échappe très peu aux clichés qui circulent sur les riches richissimes, les un pourcent de la population du monde, comme on dit. Pendant les trois heures du film donc, Scorsese nous fait voir la montée fulgurante du jeune courtier Belfort, déjà milliardaire à 26 ans, et assez vite, sa chute toute aussi fulgurante. Entre glamour, sexe, drogues, folies, exaltation, et des situations moins roses, d'où n’émanent que dégoût et répulsion, Di Caprio qui joue Belfort, fait ici un de ses grands rôles. Au bout des aventures, à la fin du film, vous aurez peut-être à l'esprit comme moi, cette idée simple et complexe… que l’argent et l’excès finissent par vous ruiner.


11/01/2014

11 janvier


À court d’inspiration, je me tourne vers le cliché des Anglais qui semblent ne se lasser jamais de parler du temps, de la météo, des saisons… Si je reprends cet exercice, pour moi, parler du temps, raconter l’hiver à Winnipeg serait quelque chose comme une énumération de mots sur le thème du froid, mais du froid pur, véritable : froid polaire, du pole nord, de l’Arctique ; ensuite viendraient : neige, vent, tempête de poudreuse, gel, glace, glacial, glaçon… à quoi s’ajouteraient -- hibernation, lenteur, somnolence, bruissement de pneus sur le béton gelé, voitures branchées car sinon, comment démarrer ? Puis, des montagnes blanches de neige propre et sale au long des trottoirs…

Dans ce paysage, personne ne marche dehors, ou presque ; sauf un petit lièvre qui prend son temps en traversant une allée du campus. Et ces deux hommes un peu fous ou courageux, qui se battent contre le vent à vélo sur l’avenue Portage à -20 degrés. Il y a ensuite, les camionnettes, de grandes autos surtout, qui résistent au climat rude, et qui glissent lentement, on dirait prudemment, sur la Main. Un univers lunaire que j’hésiterais de mettre sur une carte postale. Le printemps sur terre paraît loin, loin.

*


Je viens d’apprendre que la jeune femme qui travaille au comptoir des prêts à la bibliothèque écrit des poèmes slam. ‘Spoken words’, I like to call them, me dit-elle. À la soirée d’hier, les couplets qu’elle a lus n’étaient pas mal du tout. J’ai trouvé certains drôles, espiègles, pleins d’esprit. Après tout, il y a aussi cette Winnipeg qui vous réserve de belles surprises.


 University of Winnipeg, January 10, 2014
                         Portage Avenue, January 10, 2014


10/01/2014

nouvel an, nouvelles histoires


Pas de nouveau calendrier 2014 accroché au mur. La dernière feuille de décembre est encore là, trace visuelle, visible, d’une année qui n’est pas entièrement close pour moi. Il y a quelques jours, j’ai entendu Jean-Luc Godard dire quelque chose comme : un film devrait avoir un début, un milieu et une fin, mais pas nécessairement dans cet ordre-là. Serait-ce valable pour l'année qui finissait avec le chiffre treize ?


Le film récent Saving Mr. Banks m’a semblé illustrer assez clairement la manière dont on parvient à transfigurer des événements de notre vie dans un récit, dans une histoire à la première ou à la troisième personne. Ici, il s’agit de l’histoire de Mary Poppins. Dans les années 1960, l’auteure de Mary Poppins donc, une Australienne, arrive à Los Angeles pour négocier avec Walt Disney la mise en film du récit. Le film Saving Mr. Banks qui retrace cette aventure est doublement réussi : d’une part, il nous montre avec humour le choc de la rencontre de deux cultures, australienne et américaine ; d’autre part, il nous révèle l’intérieur du laboratoire d’écriture de Mary Poppins : le père qui devient le personnage de Mr. Banks, Ms. Travis, l'écrivaine, qui est la petite fille de l'histoire, la tante qui sauve la famille, et qui est Mary Poppins elle-même, la bonne fée… De quoi continuer de croire qu’il n’y a pas d'imaginaire sans « réel », tout comme le « réel » est parsemé de scènes imaginaires.

29/12/2013

philomena


C’est 2013, décembre s’achève, il nous reste deux jours, mais je crois avoir compris. Le hasard n’existe pas plus que la vérité. Fiction contre fiction, chimère contre chimère, ça ne peut plus être ma guerre. Dans le réel, écrire. Aller plus loin. Donc inventer.

Peut-être qu’il ne faudrait jamais s’en faire du passé. Une voiture démarre devant un couvent des sœurs en Irlande. Nous sommes en 1956. Le petit garçon de six ans s’en va avec ses riches parents adoptifs, il ne reverra jamais sa jeune mère de naissance. Aujourd’hui, Anthony aurait 50 ans. Presque cinquante ans depuis qu’elle n’a plus revu son fils, cinquante ans depuis ce qui s’est passé, cinquante ans de silence, cinquante ans de douleur, de je veux savoir, de je veux pas savoir, cinquante ans d’invention, de visions de personnages qui seraient Anthony, garçon, adolescent, jeune homme, mari, homosexuel, sans-abri, intelligent, retardé, et la rencontre avec Martin, le journaliste, et ce projet de oufs, j’ai enfin pu révéler le secret de ma vie, viens avec moi, Martin, chercher Anthony. Essayons de le trouver. Et pour point de départ, cette histoire vraie et troublante des jeunes filles irlandaises après la Seconde Guerre, qui accouchaient dans la honte et se retrouvaient accueillies à un couvent catholique, où les sœurs ne faisaient que leur enfoncer le couteau plus loin dans la plaie les faisant ressentir le péché, les forçant aux travaux les plus durs… leur allouant seulement une heure de temps par jour avec leurs enfants. Hantée par des images de ces années-là, Philomena, âgée de presque soixante-dix ans, l’héroïne du film éponyme récent, raconte et laisse couler des larmes. Par où commencer Martin ? Will you help me find my son?


Le bon sens commanderait d’écouter attentivement l’histoire de Philomena, de penser à des montages, des stratégies, noircir des carnets de notes. Observe donc, Martin, puisque tu t’y trouves et as accepté de t’embarquer dans cette enquête. Écoute, mais comment mettre en acte ce que l’histoire déplie ? Martin saura comment agir, par où commencer. Quant au film, il nous attire, nous captive, nous tient en haleine. Il nous montre avec allure qu’il faut s’en faire du passé pour vivre mieux le présent.