Le temps passe et le printemps n’a
pas encore changé ma vie. Peut-être faut-il sortir plus souvent et aller
ailleurs qu’au café Stella’s. Je
décide donc de faire une marche du côté de Wolseley. Là où je ne vais jamais.
Dans ces rues fraîches et vertes tellement il y a d’arbres et de villas. L’air
est meilleur. Parfumé. L’argent a une odeur. Je me sens un peu comme une
touriste. Après tout, je viens de changer de ville. J’entre dans une boutique et j’achète une plante verte. En arrivant, je l’installe devant la fenêtre et
je l’arrose en pensant que ce serait bon pour moi de m’occuper d’une
« chose » vivante. Puis, me revient à l’esprit une scène du film Thérèse Desqueyroux (l’adaptation de
2012 par Claude Miller), où Thérèse, jouée par la jolie Audrey Tautou, s’effondre dans
un lit de folie quand il n’y a plus rien ni personne de qui s’occuper. Je ferme les yeux. Puis, je
fais une sieste. Ma journée est faite.
24/04/2013
23/04/2013
bonheurs d'occasion
En rentrant d'une conférence par l’historienne Deborah Lipstadt sur le Holocaust
denial, j’ai gardé le manteau sur mes épaules, je me suis assise près de
la fenêtre. Le quartier industriel était là, immobile, dans la lumière rouge du
soleil couchant. Il n’y avait pas de fumée grise. J’étais là à regarder loin
vers l’horizon et j’imaginais que ma vie changerait à partir de demain.
Peut-être que je me sentirais moins mélancolique. En tout cas, différente.
Comme transformée. Une femme qui va à des conférences aux sujets graves peut se
dire : « Tout est normal. Je vis dans une ville de culture. Il y a
encore de l’espoir. C’est une nouvelle vie qui commence ».
Bientôt, je n’aurai plus peur de
recevoir des appels qui m’annoncent qu’une amie d'Europe a une tumeur du cerveau, je
serai bien contente de ne pas avoir à envoyer des fleurs par internet à
l’hôpital. Je ferai des voyages sereinement, j’irai au marché aux fleurs
prendre des bouquets pour des anniversaires heureux, je marcherai dans des rues
anciennes, étroites, en pente. Et surtout, je marcherai la tête haute.
21/04/2013
lettre dans la nuit
La nuit dernière, j’ai fait un rêve
qui m’a aidée à vivre plus heureuse aujourd’hui.
Je marchais dans la mer. L’eau était
tiède et peu profonde, ce qui fait qu’on pouvait traverser la mer à pied, sans
crainte. Car cette mer-là n’était pas dangereuse. Le ciel s'y reflétait comme dans un miroir. Je voyais le contour des nuages, les ondulations du
vent. Donc, je marchais dans la mer et je portais des bottes de pluie vertes.
(celles que j’avais achetées à Toronto dans une boutique sur Bloor Street). J’allais
vers l’Est, en Russie, je crois. D’autres personnes marchaient avec moi. Nous
allions tous à la même place. Une jeune fille blonde avait des photos dans la
main. Sur l’une d’elles, on la voyait avec une couronne de princesse à un
spectacle de fin d’année scolaire. Je lui ai dit qu’elle n’avait pas tellement
changé. Elle a pris mon bras et m’a dit : « N’est-ce pas merveilleux,
nous allons voir le tsar ».
20/04/2013
femmes de pierre
J’ai acheté une autre plante. Je la
regarde pousser. Ses feuilles sont comme de petites mains qui s’ouvrent,
délicates vers le ciel. Au centre des feuilles, une tige. Une seule. Bien
solide. Bien droite. Comme le tronc d’un petit arbre. C’est une plante qui
grandit vite. Bien déterminée à survivre, à prendre sa place sur la terre.
Dans la fenêtre, juste derrière la plante,
je vois un quartier industriel de Winnipeg. Il a l’air si triste. De temps à
autre, une fumée grise sort du plus haut fourneau. Rien ne semble changer à
l’horizon. De longues années, et le décor reste le même. Sans doute vaut-il
mieux rester immobile que de tourner sans cesse autour d’une image du passé.
Moi, je passe de longues heures à rien
faire. Cet état d’apathie n’est pas désagréable une fois qu’on a dépassé
l’ennui. Je reste immobile et j’imagine que je suis une femme de pierre. Une
statue parmi les plantes dans un jardin anglais ; dans Leo Mol Sculpture Garden au parc Assiniboine.
Dans une librairie de livres anciens et
d’occasion, j’ai trouvé un album de photos de statues. Une idée m’est
venue : si je pouvais découper ces images, je ferais un collage où je
mettrais tout en bas, les femmes couchées, mortes et blessées. En haut, celles
qui pleurent et celles qui supplient à genoux. À gauche, les femmes candides ; assises. Au centre, les déesses, les
muses, les souveraines. Bien droites, debout. Brandissant un drapeau, une arme,
une tête de saint.
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