07/09/2013

samedi bis


Sur une page internet, je lis cette phrase de Freud dans Malaise dans la civilisation (1930) : « Nous ne sommes jamais aussi mal protégés contre la souffrance que lorsque nous aimons ». Sensation presque palpable que c’est la définition du deuil.

J’avais mis Mozart et d’un seul coup j’ai entendu l’adagio et la fugue liés au film Le Bonheur d’Agnès Varda. Cela, c’est le « grand passé », le temps de mes dix-huit ans, les années 1990. Je ne sais pas pourquoi j'écris ces mots. Me reste l'illusion que c’est retenir la vie, ou au moins, (r)appeler le passé. 

Relu des pages écrites autrefois dans un cahier noir. Pour la première fois, cette curieuse impression d’une terrible identité : toujours le mal-être, l’isolement, l’étrangeté. Pourtant, c’est ce dont je parle qui me sauve : écrire le mal-être, par exemple. 


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04/09/2013

4 septembre


Jour du nouvel an juif. Il coïncide cette fois avec la rentrée. Impression que quelque chose se renouvelle. 
Au fond, n’est-ce pas le vœu de nouvel an ?


Dans le dernier essai de psychanalyse de Colette Soler, je lis cette question simple et complexe à la fois: Que puis-je savoir ? La réponse sous l'angle de Lacan me convient ce matin : « Rien de certain, les effets des affects a-structuraux, réels, me dépassent et l’inconscient déchiffré n’est jamais qu’hypothétique ». Alors c'est donc vrai que notre vie (ou du moins une partie) est dans ce qu'on lit, qu'elle est déposée là. 


Pourquoi sommes-nous parfois attachés aux êtres, aux genres de vie qui nous sont destructeurs ? Dans Beckett, Didier Anzieu écrit : « C’est à leur première expérience de la vie que les humains restent attachés. Que ces expériences aient été bonnes ou mauvaises demeure au second plan par rapport à l’événement essentiel, la rencontre originaire, extraordinaire, avec la vie. Vivre heureux est préférable à vivre souffrant. Mais vivre souffrant est dans l’ensemble plus apprécié que ne pas vivre du tout ». Entre les deux, la question de la vie et de la mort.

winnipeg 4 septembre 2013


02/09/2013

lundi férié

S. me rappelle les qualités que je ne veux pas voir dans un homme : certitude irrépressible, être de tête et de travail, formalisme. Serait-ce la virilité rêvée à quarante ans ? 


Tu me déplais parce que tu me rappelles la femme obsédée de réussites que j'étais il y a sept ans, dix ans ; l'adolescente que sa mère poussait à poursuivre des cours particuliers pour réussir le bac avec la mention très bien. 


Depuis un mois, je suis souvent entourée d'hommes et de femmes qui me donnent à vivre et à observer la violence dans toute sa splendeur. Ce n'est peut-être que la violence en moi qui appelle ce déferlement. 


01/09/2013

dimanche



La Passion selon saint Mathieu de Bach. Je suis bouleversée, c’est toute une partie de ma vie ici, l’art et la mort. Je suis sûre qu’en novembre 2006 a eu lieu pour moi une expérience unique. Je ne sais pas si les mots sont à la hauteur, dire cela est vouloir dire l’au-delà. En même temps, quelle joie profonde, comme d’être sauvée, en entendant cette Passion. Rien ne compte plus, c’est le temps retrouvé, la vraie vie. 


Les températures ont chuté de 15 degrés depuis hier. La chaleur insupportable s’est transformée en air trop frais.


La nostalgie que je pressens s’installer avec le 1 septembre me déplaît. 


31/08/2013

samedi


Elle écrit des poèmes et met en scène des pièces de théâtre. Son dernier recueil Black and White, arraché dans l’urgence en moins de dix jours, se lit comme un cri de désespérence : déchirement du cœur et du corps, crainte de se perdre dans le trop-plein d’émotions et de pensées. Serait-ce entre autres l’angoisse de la rentrée désespérante qui s'en vient ?


Je ne suis pas la seule à constater que la saison est en train de changer. Les jours raccourcissent. Il fait presque sombre à 20h20. Dans mon imaginaire, les couleurs de l’automne flottent diaphanes, lorsque dehors, l’air lourd et humide me fait encore penser à un été capricieux. Le 13 de 2013 n’a pas réussi son tour de magie.


- Si je devais décrire Winnipeg en trois mots ? Ville des contrastes.

 

30/08/2013

retour


Je suis  rentrée à Winnipeg mardi après-midi par une chaleur étouffante. Les quelques pas que j’ai faits en sortant de l’aéroport climatisé pour monter dans un taxi m’ont donné la sensation presque palpable que j’allais m’évanouir. Le soir, j’entends à la radio qu’un record de chaleur a été battu : du jamais vu (ressenti) depuis 1954.

Sur la porte de mon appartement ce matin, quelqu’un a collé une feuille jaune sur laquelle je lis : ‘Some of us might find happiness if we quit struggling so desperately for it’ -- William Feather. Quoi que je dise pour tenter de donner sens à cette ligne compte moins que la sensation d'un rappel perdu de vue que ces mots ont produite en moi.  

Devant un des bâtiments de l’université, un panneau de bienvenue pour les nouveaux étudiants affiche trois verbes en guise de bonne rentrée, comme on dit : Discover. Adapt. Achieve. Ces verbes, résonnent-ils en moi ? 

26/08/2013

ma vie en dormant


J’aime dormir : je n’éprouve le sommeil ni comme un repos ni comme un spectre de la mort. Aux nuits opaques de mon enfance avaient beau succéder les rêves colorés d’une jeunesse agitée d’intrigues sensuelles, Freud a tout dit à ce sujet ; la mort tragique de mon père a eu beau creuser le pli d’une insomnie régulière, une heure après minuit tapante, depuis quelques années déjà – rien n’y fait. Le sommeil est ma seconde demeure. Seconde langue, seconde nature. Etranger et familier à la fois, le sommeil m’a toujours été refuge, source et recommencement. Serait-ce la raison pour que seuls les dormeurs-rêvers peuvent éventuellement appréhender et témoigner de leur sommeil et de leurs rêves ?

Le petit Marcel rêvait de scènes sadomaso, une manière de transgresser entre les impensables crises d’asthme et ses pures méditations d’écrivain penché sur le temps retrouvé. Mais il n’ignorait pas pour autant le sommeil profond, qu’il désignait comme un « second appartement » dans des intrigues romanesques, comme le sont les premiers rêves analysés par l’inventeur de la psychanalyse. Rien que des sensations douloureuses, des lumières éblouissantes, sonneries stridentes et violents réveils. Proust le dormeur-rêveur semble réussir là où le névrosé en analyse échoue : en nommant l’irreprésentable sensation. Tout en découvrant l’impossibilité de se représenter (de dire, de peindre, d’en faire de la musique), les rêveries sont-elles douloureuses ou extatiques ?