18/04/2010

le temps...


C’est le temps du temps qui passe trop vite : “je n’ai pas eu le temps de finir…”, “je n’ai pas vu la semaine passer”, “elle est où, cette journée ?”.

J’ai l’impression que des gens se soient entendus pour faire passer la ritournelle du temps, du temps qui passe : étudiants, pour qui les heures s’écoulent trop vite en cette période d’examens, collègues noyés dans la correction d’essais, amis qui rêvent d’avoir le temps. Et voici comment dans ce point vibrant et tellement frêle, des gens se rencontrent et, à la fois, rencontrent des sujets de conversation. Que cela prenne la forme de : “je suis pressé, je dois filer !” ou bien “quelle magnifique journée !”, l’aura du temps se fait présente quelque part, fil invisible qui unit des espaces affectifs ou géographiques. Entendre parler du temps me met à l’aise. Serait-ce une sorte de consolation, un drôle de sentiment de familiarité ? Quelqu’un d’autre pense au temps, et ce temps passe et se pense. Je ne suis pas seule à traverser les heures, à affronter les minutes, à être touchée par la lumière du jour. Une “communauté inavouable”, inavouée, dont parle Barthes existe donc.

Dans “la grande librairie”, émission sur France 5, cette semaine, on parle de la psychanalyse, on la remet en question plutôt. Des psys et des sceptiques font table ronde pour débattre : la sexualité régit-elle le psychisme ? Le complexe d’Oedipe est-il universel ? L’inconscient existe-t-il ? Sur le plateau, Michel Onfray, par le biais de son nouveau livre, Le crépuscule d’une idole, critique Freud, voit la psychanalyse en tant que “fabulation freudienne”, une légende. Mais il se trouve qu’il est assez mal pris devant Alain de Mijolla, auteur de Freud et la France (1885-1945), qui rappelle et conclut ainsi le débat, que depuis cent ans, on n’arrête pas de parler de Freud, de la psy et de sa crise et ce n’est pas “une légende”. Malgré tout, ce qui est intéressant c’est que la figure historique de Freud traverse les décennies, elle donne à penser, elle fait parler. La psychanalyse défie le temps, elle existe bel et bien hors-temps, vivante. Ainsi, la question du réalisateur : “et votre livre monsieur Onfray, fera-t-il son temps ? “ n’est pas encore certaine de trouver sa réponse...

Dans la rue, je viens de croiser un ami que j’ai perdu de vue et qui me fait la remarque : “You don’t look like an academic. You look like an eighteen-year-old”. Peut-être, je racontais “des légendes”. Entre sourire et surprise, histoire de temps qui passe, qui laisse des traces, qui change et fait changer. C’est drôle, je me demande ce que c’est qu’avoir l’air d’un “academic”. Et la part du temps la dedans ?

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