10/10/2013
la force des mots
Habiter
dans une ville au centre du Canada, qu’on dit isolée et assez rude, c’est se dessaisir en permanence de toute tentation de s’installer, c’est laisser parler
cette voix, disons, poétique de l’ailleurs, du lointain, du neutre, bref, ce que
Régine Robin - et d'autres - appelle le hors-lieu.
Paroles
nomades, inadaptations, transhumances, peut-être un peu de vague à l’âme, la
nostalgie du trottoir mouillé de Paris au petit matin autrefois, vers la Seine.
Mais oui. Et Winnipeg, dans tout cela, un nouveau départ, un ailleurs, un « autre »,
l’inquiétante étrangeté angoissante, le lieu pour penser les morceaux épars de
ma vie, pour mettre sur papier ce qui m’apparaît parfois comme un désastre
obscur.
Y a-t-il
encore moyen d’être reconnaissante envers les mots ?
09/10/2013
mercredi d'automne
Des
événements et des personnes viennent vers moi, s’éloignent de moi ; comme un
flux et un reflux. Quand je m’en aperçois, je m'imagine un point stable.
Sur la
vitre d’un restaurant chinois, je lis sur une affiche : Don’t cook, just eat, en caractères gras. À côté, une illustration
d’un plat noyé de graisse, peu appétissant. Drôle de publicité qui produit en
moi l’effet inverse : Just cook, never
eat here.
Ciel bleu
gris. Des feuilles mortes, bientôt la pluie. Je ne sais pourquoi me trotte par
la tête cette phrase de Proust à propos de la pluie : « Quand par les soirs d’été le ciel harmonieux gronde comme une
bête fauve et que chacun boude l’orage, c’est du côté de Méséglise que je dois
rester seul en extase à respirer à travers la pluie qui tombe, l’odeur d’invisibles
et persistants lilas ».
Beaucoup
de travail. J’ai attendu le café du matin comme un fruit défendu.
08/10/2013
couleurs de la journée
Ce
médecin généraliste qui me fait la morale me rappelle toutes les figures
de père qui m’ont déplu ces dernières années. Hélas, encore une situation où je me vois
subir le pouvoir de l’homme.
Le zèle
des certains pour le travail administratif me laisse bouche-bée. Je ne fais
plus l’effort de déchiffrer où ils entendent aller avec leurs questions
pointilleuses, avec les il faut faire
ceci et cela, il ne faut surtout pas faire ceci et cela, il faudrait modifier ce document, ajouter tel
détail, remplir tel formulaire… et j’en passe. Par contre, j’en suis venue
à faire un autre type d’effort : penser les forces et les limites du yoga.
Jusqu’où le yoga peut-il aller pour « soulager » une sorte de
déferlement de tâches administratives qui se sont immiscées dans mon corps et ma tête ?
Dans Le Monde ce matin, je lis : Patrice Chéreau est mort d’un cancer hier le 7 octobre. Un des plus intéressants
metteurs en scène d’aujourd’hui en France s’éteint. Soudain, cette nouvelle me ramène à la
mort de J. : sa passion pour la vie, la douleur de la maladie, la disparition subite ; le noir, le vide, le
silence. Pure sidération.
05/10/2013
pensées de week-end
Dans le Globe and Mail d’aujourd’hui, Margaret Wente fait l’éloge des valeurs victoriennes : discipline, modération et travail fort, qui, dit-on, sont susceptibles de nous conduire à réussir dans la société actuelle. ‘The new economy will be won by those with decidedly Victorian values:
discipline, self-moderation and diligence’, écrit Wente dans sa chronique intitulée ‘How to succeed in the 21st
century’. Bonne recette du succès ? De la bonne théorie ? Oui, peut-être. En filigrane, reste cette question : que faire alors de l'indiscipline, de la rébellion, de la créativité comme forme d'insoumission, de liberté... ?
J’aime le titre de la biofiction de
Régine Robin, L’immense fatigue des
pierres, qu’elle a publiée depuis quelques années déjà, en 1999. J’avoue
que cette personnification métaphore m’a fait penser… la fatigue, les pierres, l’immense fatigue, les pierres fatiguées ; fatiguées outre mesure. Tous ces mots simples et poétiques, je les ai promenés dans les rues de Winnipeg. Je les ai tournés et
retournés dans ma tête en essayant de deviner la pensée de Robin lorsqu'elle a choisi son titre. Ou peut-être, ce n'est même pas elle qui l'a choisi, mais l'éditeur. Peu importe... Après tout, ce jeu d’hypothèses et de
questions m'a plu ; il m'a menée à me poser moi-même cette question un peu étrange : disons,
si un jour, j’écrivais une biofiction, quel titre pourrais-je lui donner ?
Toujours à Winnipeg. Je suis surprise de constater (et ce n'est pas la première fois) que les concerts de Winnipeg Symphony Orchestra attirent un public dont l’âge moyen est 60 ans ou plus. Encore un milieu où je
suis (en) minorité visible. Ou plutôt, je me vois voir pas les autres. Selon l’hypothèse de son dernier livre, Malcolm Gladwell me répondrait, je crois, sans hésiter, que ce
que je vois comme un shortcoming n'est qu'un avantage. Soit.
En fin d'aprsès-midi. Je marche et marche. Au-dessus de ma
tête, un ciel splendide au coucher du soleil. Là encore, je ne vois que la singularité sans cesse surprenante de cette ville au milieu du Canada.
04/10/2013
nuit blanche
Pour la Nuit blanche, la plateforme sur le toit de Winnipeg Art Galery aurait pu vous surprendre : un groupe d’artistes
locaux s’est donné le défi de faire bâtir l’Acropole d’Athènes justement là. Ni plus
ni moins ; non pas en pierre, mais en bois. Projet impressionnant, décoré par un jeu réussi de lumières.
Dépaysement oblige.
winnipeg art gallery, 28 septembre
Toujours la Nuit blanche, au Plug-In, galerie d’art contemporain, une jeune artiste franco-manitobaine, Mélanie Rocan, nous fait
penser à Proust à travers une série de tableaux qui s’intitule Souvenir involontaire. Serait-ce en
hommage à Du côté de chez Swann, qui, ce 14 novembre aura 100 ans ?
Que dire d’une troisième expo ? À l’Université de Winnipeg, cette fois.
Dans la galerie 1C03, il s’agit de représenter la masculinité de Boys Club. Et quoi encore ?
…ainsi (se) passe la semaine ArtFest
à Winnipeg.
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